La gazette du carbonePour un arsenal juridique décarbonant |
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Chaque semaine, nos propositions tirées de l’expertise du Shift Project pour intégrer les enjeux climatiques au débat parlementaire.
2026 | Semaine 35Chère lectrice, cher lecteur, En pleine crise budgétaire, le gouvernement a interrogé deux experts au sujet du financement publique des ENR. Bonne lecture ! |
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Le rapport Lévy-Tuot : la France doit optimiser son soutien public aux énergies renouvelables (798)Questions émissions rapport commandé par le gouvernement Le rapport Lévy-Tuot interroge l’efficacité et la pertinence des critères du soutien public aux énergies renouvelablesUn rapport commandé par le gouvernement En décembre 2025, le Premier ministre Sébastien Lecornu a confié une mission à Jean-Bernard Lévy (président du Conseil Français de l’Énergie, ex-PDG d’EDF) et à Thierry Tuot (président de section au Conseil d’État) : repenser le soutien public aux énergies renouvelables électriques et au stockage d’électricité. Le rapport1 , rendu en avril 2026, formule 45 recommandations. Il ne remet pas en cause les objectifs climatiques de la France, mais propose comment mieux dépenser l’argent public pour atteindre les objectifs de la décarbonation. Le paradoxe français La production solaire et éolienne a fortement augmenté: en 2025, l’éolien a produit 49.6 TWh2, soit 9.1 % du mix électrique français, le solaire a contribué à hauteur de 32.9 TWh, soit 6 % du mix : les deux filières représentant donc ensemble 15% de la production nationale. Mais la demande électrique stagne depuis plus d’une décennie : la France consomme toujours moins d’électricité qu’en 2019, faute d’électrification suffisante des différents secteurs (notamment transport, chauffage et industrie). Résultat, les prix de marché sont parmi les plus bas d’Europe. Les 5 leviers du rapport Les contrats existants : peu de marge de manœuvre Les nouvelles installations : la réforme des appels d’offres C’est le cœur du rapport. Le système actuel repose sur des appels d’offres réguliers au terme desquels l’État garantit un prix pendant 20 ans. Le rapport propose de modifier plusieurs paramètres techniques pour réduire la facture sans décourager les projets. Parmi les recommandations notables, voici les quatre leviers principaux : Levier 1 : Modifier le calcul du prix de marché de référence (M0)Le M0, « prix de marché de référence », est aujourd’hui calculé sur la moyenne des prix spot de l’électricité sur le marché de gros pendant 24 heures, mis à jour mensuellement. Pour les installations en complément de rémunération, l’État verse au producteur une prime se rapportant au M0. Le problème posé par les heures à prix négatifs Quand il y a beaucoup de soleil l’après-midi (pic de production) mais peu de demande, les prix spot peuvent devenir négatifs : les producteurs paient littéralement pour injecter de l’électricité. Le M0 actuel inclut ces heures négatives dans sa moyenne mensuellement, ce qui le déprécie artificiellement et gonfle la prime de l’État par compensation. Le rapport estime que le calcul actuel crée une « pression déflationniste sur le prix de marché de référence M0 ». C’est une perte sèche pour l’État qui déresponsabilise les producteurs. La Recommandation n° 15 : modifier le calcul du prix «M0 », en adoptant, toutes filières confondues, une référence nationale sur 24 heures, moyennée sur le mois, en excluant les prix négatifs. Levier 2 : Généraliser les appels d’offres technologiquement neutresQu’est-ce qu’un appel d’offres neutre ? Recommandation n° 14 : Un appel d’offres technologiquement neutre, c’est un seul appel où éolien, solaire, et éventuellement d’autres technologies sont en compétition directe. Le projet qui propose le prix du MWh le plus bas gagne, indépendamment de sa technologie. Augmenter la compétition devrait faire baisser les prix. Il n’y a plus « enveloppe de confort » pour une filière moins compétitive. Levier 3 : Supprimer le « guichet ouvert » et responsabiliser les petits producteurs en les incitant à investir dans l’auto-consommationLe rapport s’en prend à un mécanisme emblématique de la politique ENR française depuis vingt ans : le « guichet ouvert » (rec. n° 10 pour le solaire en toiture, rec. n° 13 pour les petites éoliennes). Son principe est simple : l’État s’engage à racheter automatiquement tout surplus d’électricité injecté par un petit producteur. Levier 4 : Aplanir la « cloche solaire »Le rapport propose trois recommandations imbriquées pour atténuer ce phénomène. Recommandation 20 : Augmenter les « franchises » de déconnexion Recommandation 21 : Faire payer les producteurs Levier 5. Réduire le coût des projets, la priorité oubliée !La partie la plus originale du rapport pointe une réalité sous-estimée : les projets ENR coûtent 10 à 20 €/MWh de plus en France que chez nos voisins européens, à conditions équivalentes. Les porteurs de projets et leurs représentants en témoignent unanimement depuis des années. C’est un enjeu important : sur la base de la production actuelle, ramener les coûts au niveau de nos voisins permettraient de réduire de près de 1 Md€ /an les soutiens publics directs. Pourquoi ces surcoûts français ? D’abord, les délais administratifs. L’instruction d’un projet ENR en France dure souvent plusieurs années (jusqu’à dix ou quinze selon les témoignages). Chaque année supplémentaire, c’est du capital immobilisé qui coûte en intérêts de financement. Chez nos voisins, les procédures sont plus rapides. Comment réduire cette surcharge ? Ce qu’en pensent les ShiftersRappelons en référence, le travail du Shift Project paru en 2024 « Pour une souveraineté énergétique fondée sur les renouvelables, le nucléaire et la sobriété4 » qui revendique une politique de souveraineté incluant des objectifs d’adaptation du réseau électrique et notamment de développement des moyens de flexibilité pour accueillir de plus en plus d’énergies renouvelables intermittentes (interconnexions, flexibilité de la consommation, stockage, vehicle-to-grid,etc.), tels que préconisés par les Futurs énergétiques de RTE5. L’essor des énergies renouvelables non pilotables (comme le sont le photovoltaïque et l’éolien) doit se réaliser en coordination avec des consommations flexibles et pilotables de façon à maintenir au bon niveau les grands équilibres du système électrique. Les recommandations du rapport vont dans la bonne direction mais restent insuffisantes pour faire face à la transition énergétique. Les rapporteurs sont bien restés conformes à la commande, et ne proposent donc pas de vraies mesures d’accélération de l’électrification. Citons par exemple l’alignement de la fiscalité sur les objectifs climatiques alors que la taxation du gaz naturel reste plus favorable que celle sur l’électricité, la fin des exemptions fiscales dont continuent de bénéficier certains usages des énergies fossiles, etc… Le rapport contient des recommandations très inégales à exécuter : Ce qu’en pense le gouvernement est résumé dans le communiqué de presse du 9 Avril7: Le Shift Project et les Shifters seront au rendez-vous des présidentielles pour porter ces exigences. 2 GW mesure la puissance potentielle. TWh mesure la production réelle, ce qui est vraiment injecté sur le réseau. La capacité solaire installée a atteint 30.4 GW fin 2025 (dont 5.9GW supplémentaires sur la seule année 2025), dépassant pour la première fois celle de l’hydraulique. Le parc éolien et solaire cumulé dépasse 55 GW installés fin 2025, mais c’est un potentiel non pilotable, dépendant des conditions météo. 4 theshiftproject.org/publications/methode-souverainete-energetique/ 5 rte-futursenergetiques2050.com/ |
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