La gazette du carbone

Pour un arsenal juridique décarbonant

The Shifters - Les bénévoles du Shift Project

Chaque semaine, nos propositions tirées de l’expertise du Shift Project pour intégrer les enjeux climatiques au débat parlementaire.

2026 | Semaine 17

Chère lectrice, cher lecteur,

Alors que l’actualité est dominée par la crise d’Ormuz et de ses conséquences, le Shift Project présente un travail original et fondateur pour tracer un plan robuste de décarbonation de l’économie française. Il est apparu évident et important de vous en parler.

Bonne lecture !

Sommaire

Nos dernières actions

Nos dernières actions

Proposer un plan pour une décarbonation française robuste aux aléas futurs (792)

Réflexions décarbonées rapport Shift Project

La crise d’Ormuz met en lumière notre extrême dépendance aux énergies fossiles.

Comme The shift project le mesurait dans sa note “la souveraineté par la décarbonation: voie nécessaire pour la France et Europe1, la France reste dépendante à plus de 60% des énergies fossiles (pétrole, gaz) pour sa consommation d’énergie finale et à plus de 70% dans son exposition énergétique c’est à dire en incluant l’énergie contenue dans les biens et services importés (dont une certaine part de charbon).

Cet enjeu stratégique rejoint donc les enjeux de la lutte contre le dérèglement climatique.

Pour se libérer de cette dépendance, une planification nationale est nécessaire. Elle permettra d’aligner, coordonner et accompagner les acteurs économiques, territoriaux et les ménages.

The Shift Project, quatre ans après la publication de son Plan de Transformation de l’Economie Française, soumet une nouvelle contribution à la réflexion, toujours en se basant sur les flux physiques, mais cette fois en intégrant pleinement les risques de crises et d’imprévus2.

Une méthode éprouvée : un travail consultatif

Le Shift Project a mené des entretiens avec des centaines d’experts et des professionnels des secteurs étudiés afin d’établir des préconisations réalistes et de tenir compte des contraintes qui surviendraient lors du déploiement.

Une vingtaine de chantiers incontournables mais aussi emblématiques de la décarbonation ont été sélectionnés et font l’objet chacun d’un zoom d’une dizaine de pages.

TRANSPORT 1. Déployer massivement le vélo 2. Étendre les transports en commun 3. Généraliser la voiture électrique sobre 4. Massifier le train passagers 5. Décarboner le secteur aérien 6. Relancer le fret ferroviaire 7. Electrifier les poids-lourds
LOGEMENT 8. Rénover les logements 9. Déployer les pompes à chaleur
NUMERIQUE 10. Maîtriser le déploiement des centres de données
INDUSTRIE 11. Produire de l’acier bas-carbone en France 12. Massifier la production d’hydrogène bas-carbone 13. Capter, stocker et valoriser le CO²
AGRICULTURE 14. Transformer la gestion de l’azote 15. Transformer les systèmes d’élevage 16. Préserver les puits de carbone
ENERGIE 17. Déployer l’éolien et le photovoltaïque 18. Prolonger et relancer le nucléaire 19. Mettre en œuvre un déploiement soutenable des bioénergies
LES AUTRES CHANTIERS DE LA TRANSITION 20. Autres chantiers d’intérêt mériteraient d’être développés, selon la même grille d’analyse développée pour qui souhaiterait compléter cette vision2 .

L’analyse de robustesse

Pour chaque chantier, une analyse de robustesse a été menée en imaginant des trajectoires dégradées de décarbonation. Ces trajectoires chiffrées ont été construites à partir de 3 variantes supposant des issues plus ou moins optimistes. A chaque fois, trois variantes sont étudiées : une variante haute, dans laquelle le chantier se déroule complètement dans le temps imparti,  une variante intermédiaire, dans laquelle il ne se déroule que partiellement et/ou en retard,  une variante basse, dans laquelle il ne se déroule pas du tout ou ne fait que poursuivre les tendances déjà observées.

Par exemple, le chantier de relance du fret ferroviaire fait l’objet d’une variante haute dans laquelle le train couvre 30% du transport de marchandises en 2050, d’une variante intermédiaire où il en couvre 20% et d’une variante basse où il en couvre 10% (contre 9 % aujourd’hui).

Les émissions de gaz à effet de serre, les consommations d’énergies, mais également les besoins en emploi et l’empreinte cuivre, entre 2025 et 2050 sont évalués via un simulateur de trajectoires développé par le Shift Project. La comparaison des trajectoires entre elles fait émerger des enseignements clés sur la robustesse de la décarbonation française, selon les différents prismes d’analyse retenus : énergie-climat, cuivre et emploi-formation.

Les enseignements clés de nos travaux

Enseignement n°1 : Décarboner la France est encore possible.
Si elle s’en fixe l’ambition et s’en donne les moyens sans plus attendre, la France peut tout à fait réussir sa décarbonation, y compris si tout ne se passe pas comme prévu dans un monde imprévisible où de mauvaises surprises sont probables.

Enseignement n°2 : La préservation des puits de carbone.
Les puits de carbone naturels, agricoles et forestiers doivent être sécurisés. Nous ne contrôlons pas entièrement cette préservation, du fait des incertitudes liées au changement climatique. Ils contribuent directement à la réduction drastique des émissions brutes qui reste absolument indispensable.

Enseignement n°3 : Il faut réduire les émissions de GES non-énergétiques.
Les GES non énergétiques (méthane, oxyde d’azote, etc…) sont émis par certaines pratiques agricoles et certains procédés industriels. Il est nécessaire de réduire également leurs émissions pour atteindre la neutralité carbone. Cela nécessite des transformations significatives dans les activités qui en sont à l’origine. L’échec de ces transformations laisserait un talon important d’émissions à long terme, qui ne pourraient être compensées que par des puits encore incertains.

Enseignement n°4 : L’électrification des usages est incontournable (transports, bâtiments, industrie)
La décarbonation poussée de l’économie française passe par une électrification massive. Elle est conditionnée à une transformation rapide des équipements (véhicules, chauffages, procédés industriels).

Enseignement n°5 : La réduction de la consommation totale de gaz et de carburants liquides est à réaliser
Pour sécuriser la décarbonation, il faut réduire très fortement la consommation totale de gaz et de carburants liquides, via les chantiers d’électrification mais aussi de maîtrise de la consommation. Car les bioénergies rencontreront des limites agroécologiques et agronomiques, et les e-fuels, très gourmands en électricité, resteront beaucoup plus coûteux que l’emploi direct de l’électricité.

Enseignement n°6 : Il faut augmenter fortement la production électrique
L’électrification des équipements nécessitera une forte hausse de la production électrique bas-carbone française. Sécuriser cette électrification exige de réaliser simultanément les chantiers du nucléaire et des énergies renouvelables avec une maîtrise de la consommation d’électricité dans le respect des équilibres du système électrique.

Focus sur la consommation de cuivre
  1. L’électrification des véhicules routiers, l’augmentation de la capacité de production électrique et le déploiement des centres de données sont les plus gros contributeurs à la consommation de cuivre au cours de la décarbonation.
  2. Limiter la consommation de cuivre, par les reports modaux de la voiture vers le train, les transports en commun et le vélo, par la réduction de la taille des voitures et par la maîtrise du développement des centres de données, contribuera à sécuriser la nécessaire électrification des équipements.
  3. La quantité de cuivre recyclable est structurellement limitée à court terme et dépend du rythme de la transition. Les capacités industrielles de recyclage au niveau européen devront suivre ce rythme.

Focus sur les besoins en emploi et formation 1. La décarbonation ne se fera pas sans formation. 2. La décarbonation nécessite des centaines de milliers d’emplois supplémentaires dans des secteurs clés tels que la rénovation des bâtiments, le ferroviaire, la production d’électricité. 3. La décarbonation entraîne aussi des suppressions d’emplois dans certains secteurs.

Conclusion : l’urgence est donc d’accélérer, sans compromis.

Le succès reste atteignable, mais la France a pris du retard. Elle ne peut pas faire l’impasse sur des chantiers majeurs qu’il va falloir mener de front : production d’énergies bas carbone française, électrification massive des équipements, contrôle de la consommation d’énergie, réduction des émissions de carbone hors combustion, préservation des puits de carbone naturels. Si la France parvient à accélérer sur l’ensemble des chantiers, elle regagnera de la marge de manœuvre sur sa trajectoire au cours de la décennie 2040.

Le succès de chaque chantier de décarbonation dépend de conditions clés dont la réalisation reste incertaine et dont la maîtrise totale ne peut être garantie. C’est autant de défis à relever pour réussir la décarbonation : rythme de déploiement industriel ou infrastructurel, développement de technologies aujourd’hui peu matures, évolution des usages et des comportements, rythme de recrutement et de formation, bonnes conditions agronomiques ou sylvicoles. Il faut tout faire pour maîtriser au mieux ces prérequis par une planification rigoureuse, mais sans être trop optimiste sur leur réalisation future, tributaire de conditions extérieures favorables.

L’électrification massive des activités et mode de vie est incontournable pour une décarbonation poussée de la France, et pour mettre à l’abri les ménages français des prochaines crises sur les énergies fossiles : petites voitures électriques abordables, pompes à chaleur, procédés industriels électriques, flottes de camions électriques.

La production électrique bas-carbone française doit fortement augmenter pour permettre l’électrification. À ce titre, renoncer au nucléaire ou ralentir le rythme de déploiement des énergies renouvelables, c’est risquer de manquer d’électricité bas-carbone et souveraine dès la décennie 2030.

Mettre sous contrôle la consommation des différentes énergies (carburants liquides, gaz, électricité) est indispensable pour conduire en sécurité la décarbonation française. À ce titre, il faut démultiplier l’usage du vélo, déployer les transports en commun et le train, réduire le trafic aérien, rénover massivement les logements, continuer à améliorer l’efficacité des équipements, maîtriser le déploiement des centres de données.

A venir très vite : le PREF

Ce rapport « Réussir la transition dans l’incertitude » constitue la première brique technique de notre Plan Robuste pour l’Économie Française (PREF), un travail collectif et inédit financé par plus de 30 000 donateurs lors d’une campagne record, et porté depuis plus d’un an par des milliers de Shifters (nos bénévoles) et de professionnels engagés. Un livre de synthèse, Le plan robuste pour l’économie française, sortira le 14 octobre prochain en librairie.

Ce qu’en pensent les Shifters:

À l’heure où les acteurs des politiques publiques sont confrontés à des bouleversements de plus en plus fréquents, parfois anticipés mais souvent incertains, ce rapport vise à enrichir leur réflexion. Il a pour ambition de soutenir l’élaboration de lois, de feuilles de route et de plans d’action capables de répondre à leurs objectifs, tout en intégrant des crises et imprévus appelés, selon toute vraisemblance, à perdurer dans les mois et années à venir.

1 :https://podtail.com/podcast/time-to-shift/-46-souverainete-energetique-de-la-france/

2 :https://theshiftproject.org/publications/reussir-la-transition-dans-lincertitude/

3 « 1. Transport (marche à pied, décarbonation des bus, petits utilitaires électriques, deux roues électriques, covoiturage, décarbonation des TER diesel, transport fluvial, cyclo-logistique des « derniers km », décarbonation du maritime). 2. Bâtiment (rénovation et électrification du tertiaire, déploiement des réseaux de chaleur urbains, géothermie profonde, solaire thermique, maîtrise du volume du neuf et réduction des impacts, décarbonation de l’eau chaude, efficacité de l’électroménager). 3. Industrie (décarbonation du ciment, de la production des plastiques, recyclage du cuivre des plastiques, décarbonation de la chaleur industrielle, décarbonation de l’aluminium). 4. Energie (SMR, Réacteur 4ème génération à Neutrons Rapide, la fusion, les STEPs, flexibilité des réseaux électriques et place des batteries, adaptation des réseaux électriques, reconfiguration du réseau gazier, démantèlement des stations service). 5. Puits de carbone (Capture directe dans l’air, Capture et Stockage du Carbone issu des Bio-énergies) »

▲ Sommaire

La gazette du carbone résulte du travail des bénévoles de l'association The Shifters, essentiellement réalisé sur la base de l’expertise du Shift Project. Son objectif est d'informer sur les opportunités que présente l'arsenal juridique français pour décarboner notre société.
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